Recension de Dérives

L’ouvrage Dérives, publié récemment par notre directrice Marie-Claude Thifault et notre membre régulier Marie LeBel, vient de faire objet d’une première recension sur le site H-Madness.

L’auteur de la critique conclue ainsi son texte : « Instructive pour l’historien, tant par la rigueur de l’approche micro-historienne que pour les problématiques complexes qu’elle révèle, cette étude le sera également pour le non-initié curieux de découvrir au plus près la manière dont se construisent des vies en proie à la maladie mentale dans des sociétés en mutation. » Le reste est à lire ici.

La déficience intellectuelle au sein du discours médical canadien (1956–1972)

Hubert Larose-Dutil, membre étudiant de notre Unité, publiera dans le prochain numéro du Bulletin canadien d’histoire de la médecine un article intitulé « “ full and useful lives ” : La déficience intellectuelle au sein du discours médical canadien (1956–1972) ». Cet article, dont vous trouverez le résumé ci-dessous, est déjà accessible sur le site de la revue : https://www.utpjournals.press/doi/full/10.3138/cbmh.462-072020

Résumé de l’article : Les articles publiés entre 1956 et 1972 au sein du Canadian Medical Association Journal (CMAJ) et du Canadian Psychiatric Association Journal (CPAJ) témoignent d’un certain intérêt de la communauté médicale canadienne pour le retard mental au cours de cette période. Celle-ci se préoccupe tout particulièrement du poids économique que représente – d’après elle – le « retardé mental » et de la capacité de ce dernier à atteindre une autonomie suffisante pour être productif. Dans cet article, nous mettons en lumière l’ambition de disciplinarisation du retardé mental qui transparaît du corpus analysé. Nous analysons d’abord les propos tenus sur le diagnostic de retard mental, puis ceux portant sur les traitements, les soins et les services jugés pertinents. Enfin, nous examinons le discours véhiculé dans les deux revues sur les échecs de l’entreprise médicale d’autonomisation et de majoration économique du retardé mental.

Quatrième et dernière rencontre du groupe de soutien URHN-SCHM

Notre Unité s’est associée à la Société canadienne d’histoire de la médecine pour offrir un espace de rencontres et de discussion autour de projets de rédaction en cours aux étudiant‧e‧s diplômé‧e‧s et chercheur‧e‧s dont les travaux traitent de l’histoire de la médecine et de la santé.

La quatrième et dernière rencontre aura lieu le jeudi 3 juin prochain à 12h (EST) autour de deux présentations touchant à l’histoire de la santé entre Éros et Thanatos.

Pour obtenir le lien Zoom , écrire à nhru@uottawa.ca

Résumés des interventions :

Elle court, elle court… La maladie d’amour et ses symptômes dans les romans grecs de l’Antiquité.  

Valérie Bérubé

Le genre romanesque antique a longtemps été mis de côté par les chercheurs du fait de son sujet amoureux. Heureusement, le dynamisme des recherches récentes témoigne d’un engouement nouveau pour la prose narrative antique: en effet, depuis 1999, quinze colloques internationaux se sont tenus sur le sujet. Tout en s’inscrivant dans la recherche actuelle, notre étude a pour but d’apporter un regard neuf sur ces textes grâce au thème encore peu étudié qu’est la médecine. À l’occasion de cette rencontre, nous présenterons un sous-chapitre dédié à l’étude des symptômes de l’amour présents dans notre corpus. 

Lieux de quarantaine durant la Peste: lieux de charnier? 

Didier Crémadès

L’Histoire de la Peste continue de faire couler de l’encre comme nous avions pu le voir l’année dernière avec le triste anniversaire des 300 ans de la Peste à Marseille. Mais qu’en est-il de celle de 1629 ? On évoque souvent, en Provence, celle de 1347, mais celle du millésime 1629 n’intéresse guère. Aujourd’hui, le laboratoire CHIBEC et moi-même œuvrons pour ouvrir un Projet Commun de Recherche autour de cet événement. Nous nous intéressons tout particulièrement aux infirmeries et les lieux de quarantaine qui ont existé en Provence, et notamment à Signes dans le Var entre 1346 et 1720. À Signes, les délibérations communales nous apprennent en effet que l’Infirmerie, créée en 1587, a été réactivée en 1629 et qu’un quartier signois a été désigné pour y créer une zone de quarantaine, tel que l’Arrêt du Parlement de Provence du 17 juillet 1629 l’imposait. De nombreuses questions restent toutefois en suspens quant aux implantations des lieux de quarantaine (pour Signes, nous avons pu localiser avec certitude le quartier), au mode de mise en œuvre des quarantaines et à leurs utilités et utilisations. Dans cette communication, il sera notamment question de déterminer si ces lieux ont été aussi des charniers ou fosses pour les pestiférés. Leur topographie en faisait un lieu suffisamment en retrait ; les cimetières n’accueillaient principalement que des corps sains en temps de peste et nombre de fours à chaux ont été construits durant ces épidémies et à proximité de ces zones de quarantaine. En somme, ce sur quoi nous souhaitons échanger avec le groupe de travail URHN-SCHM est la relation entre la chaux et les pestiférés. 

Une vocation émancipatrice

Notre directrice Marie-Claude Thifault et notre coordonnateur Alexandre Klein ont publié sur le site Nursing Clio un article (en anglais) sur le nursing comme source d’émancipation féminine dans le Québec du XXe siècle. Autour des histoires de Sœur Augustine et de Charlotte Tassé, ils démontrent que loin de l’image de femme soumise qui colle aux infirmières, leur vocation pouvait aussi être une occasion d’émancipation‧ L’article est à découvrir ici.

Image: Soeur Augustine, Directrice de l’école de gardes-malades avec des graduées en 1926. Hôpital Saint-Jean-de-Dieu. (Source: The Providence Archives, Montréal)

Troisième rencontre du groupe de soutien URHN-SCHM

Notre Unité s’est associée à la Société canadienne d’histoire de la médecine pour offrir un espace de rencontres et de discussion autour de projets de rédaction en cours aux étudiant‧e‧s diplômé‧e‧s et chercheur‧e‧s dont les travaux traitent de l’histoire de la médecine et de la santé.

La troisième rencontre aura lieu le jeudi 6 mai prochain à 12h (EST) autour de deux présentations touchant à l’histoire de la santé entre institutions et mobilisations.

Pour obtenir le lien Zoom , écrire à nhru@uottawa.ca

Résumés des interventions :

L’invention médicale de l’aviateur. L’institutionnalisation de la sélection médicale des pilotes de guerre, France-Royaume-Uni (1914-1934)

Aude-Marie Lalanne Berdouticq

La Première Guerre mondiale est un moment clef de l’invention médicale du pilote de guerre. Au commencement du conflit, les armées française et britannique sélectionnent leurs combattants au cours d’un examen destiné à estimer leur aptitude militaire. Peu de choses sont spécifiquement prévues pour ces soldats d’un genre nouveau que sont les aviateurs, confrontés en plein ciel à des conditions et des exigences fort éloignées de celle des fantassins des tranchées. C’est au cours de la guerre qu’est donné un élan décisif à la médecine aéronautique et que se développent les procédures et les outils de la sélection médicale des pilotes. Le conflit constitue un terrain d’expérimentation médicale et technique d’une ampleur tout à fait inédite dont l’objectif est de dégager au plus vite les critères de l’aptitude des aviateurs et les moyens efficaces de procéder au choix des hommes.

Au croisement de l’histoire de l’expertise, de l’histoire des pratiques savantes et de l’histoire des sociétés en guerre, je me propose de faire l’étude de l’institutionnalisation de la sélection médicale des pilotes de guerre français et britanniques entre 1914 et 1934. Les développements institutionnels et techniques de l’aviation militaire sont désormais bien connus et ont été enrichis par l’histoire culturelle qui a mis en évidence l’imaginaire mythifié du pilote de guerre. La participation des médecins à l’élaboration des caractéristiques physiques et mentales de cette profession est cependant demeurée dans l’ombre. L’histoire de la médecine en guerre et de la médecine militaire, notamment britannique, s’est pourtant saisie des aviateurs, mais uniquement du point de vue de la spécificité des troubles pouvant les affecter et des soins qu’on a pu leur apporter (Cobden, 2018 ; Collins, 2015 ; Teyssier, 1988). Or, faire l’histoire de la définition médicale de l’aviateur permet de relire à nouveaux frais la genèse d’une profession, le rôle et le pouvoir des experts médicaux et l’impact de la guerre sur les pratiques savantes.

« Pour que maman ne parte pas si loin » : Les familles des malades face à la politique de rationalisation des dépenses en psychiatrie (1945-1948)

Gaspard Bouhallier

A l’occasion de cette troisième rencontre du groupe de soutien URHN-SCHM, je souhaiterais présenter un article que je compte proposer à la revue Histoire, médecine et santé. Cet article se propose de traiter l’histoire d’une mobilisation sociale survenue dans l’ensemble des hôpitaux psychiatriques du département de la Seine entre les mois de février et d’avril 1948. Organisés par les syndicats du personnel secondaire et les familles des malades des « comités de défense » s’opposaient à un projet de suppression des hôpitaux psychiatriques de Moisselles et de Perray-Vaucluse, et dénonçaient, derrière lui, la politique de compression budgétaire du département. Selon les familles, les malades placés dans ces deux hôpitaux auraient ainsi été transférés dans des hôpitaux psychiatriques situés en province. Un éloignement contraint qui aurait empêché les familles de les visiter et de leur fournir un soutien moral. Pour les élus et le préfet, le projet apparaissait néanmoins comme nécessaire du fait de la « vacance » d’un grand nombre de lits dans les établissements psychiatriques. C’est, en ce sens, l’histoire d’une confrontation entre deux logiques antagonistes que je souhaite retracer : celle des autorités départementales et des élus qui doivent répondre à des impératifs budgétaires et sanitaires contraignants, et celle des familles et des infirmiers qui estiment nécessaire de préserver l’équipement hospitalier. Mon objectif est ainsi de montrer que la période d’après-guerre, souvent désignée dans l’historiographie de la psychiatrie comme une période révolutionnaire sur le plan des techniques thérapeutiques et des innovations institutionnelles (CTRS), est également un moment de crise et de tensions sociales. Pour ce faire je repose mon travail sur les sources produites par le département (Bulletin Municipal Officiel du Conseil Général de la Seine, dossiers des délibérations), sur la littérature médicale, ainsi que sur les lettres et pétitions produites par les soignants et les familles. Des documents qui mettent, à mon avis, en évidence la précarité économique des familles et la médiocrité des moyens techniques dont disposait le département pour répondre aux différents besoins socio-sanitaires.

Deuxième rencontre du groupe de soutien URHN-SCHM

Notre Unité s’est associée à la Société canadienne d’histoire de la médecine pour offrir un espace de rencontres et de discussion autour de projets de rédaction en cours aux étudiant‧e‧s diplômé‧e‧s et chercheur‧e‧s dont les travaux traitent de l’histoire de la médecine et de la santé.

La deuxième rencontre aura lieu le 27 avril prochain à 12h (EST) autour de deux présentations touchant à l’histoire de la santé vue par le prisme du genre.

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Résumés des interventions :

La sphère féminine à l’épreuve de l’expérience : La polyvalence des femmes médecins en Chine du Sud à la fin du 19e et au début du 20e siècle

Kim Girouard

Chercheuse postdoctorale en histoire de la médecine au sein du Département d’innovation en éducation médicale de la Faculté de médecine de l’Université d’Ottawa, mes recherches, qui s’articulent autour de la médicalisation de la maternité et de la féminisation de la profession médicale en Chine du Sud à la fin du 19e et au début du 20e siècle, mobilisent les approches genrée et postcoloniale de l’histoire de la médecine et de la santé.

Le projet que je présente ici est destiné à devenir l’un des chapitres de la monographie sur laquelle je travaille actuellement, dans laquelle j’explore le rôle qu’ont joué les femmes – soignantes comme patientes, professionnelles comme profanes – dans le développement de la médecine scientifique au Guangdong. J’y examine précisément l’expérience des femmes médecins – missionnaires nord-américaines, ainsi que chinoises chrétiennes et non-chrétiennes – afin de déconstruire les mécanismes discursifs et structuraux qui les ont reléguées au rang de professionnelles de second ordre cantonnées à la sphère féminine et au rôle d’accoucheuse. L’analyse attentive de la pratique médicale de ces femmes révèle que leur expérience débordait largement les domaines typiquement féminins et était loin de se limiter à la pratique des accouchements. Sans grande surprise, elles ont traité des problèmes de santé de toutes sortes. Elles ont également pratiqué divers types de chirurgies, des plus simples aux plus complexes, certaines leur ayant même valu d’être célébrées dans toute la Chine. En plus d’entretenir une pratique médicale diversifiée, ces femmes ont aussi été des figures de proue du développement d’initiatives, de structures et de politiques de santé publique, non seulement à l’échelle régionale, mais aussi dans certains cas nationale. En somme, ce que je souhaite démontrer à travers ce chapitre, c’est que bien qu’elles n’aient pas été perçues ni reconnues comme telles, dans les faits, les femmes médecins du Guangdong ont incarné non seulement l’expertise, mais aussi la polyvalence médicale.

Les « thérapeutiques de choc ». Quels usages féministes des archives de la psychiatrie ?

Coline Fournout

Pour cette rencontre du groupe de soutien URHN-SCHM, j’aimerais présenter un article en cours d’écriture pour une revue féministe d’études sur le genre. À la croisée de l’histoire de la psychiatrie et de la philosophie féministe, cet article porte sur les « thérapeutiques de choc », dont il cherche à éclaircir la logique thérapeutique en recourant au prisme du genre. En particulier, j’examine la distribution genrée des techniques et gestes de soin, les notions de « maternage » et de « régression » dont les psychiatres se servent pour justifier cette distribution, et les imaginaires épistémologiques dont relève une telle justification. Mes sources sont un ensemble de publications scientifiques et médicales qui portent sur les techniques de choc, et les journaux intérieurs de deux hôpitaux psychiatriques français. Mon objectif n’est donc pas de déterminer le genre des patient·e·s qui ont été soumis·e·s à ce type de traitement, mais de voir comment la norme de genre est produite au travers de dispositifs thérapeutiques. Je conçois cet article comme une réflexion sur les usages féministes possibles des archives de la psychiatrie, ce dont j’espère discuter avec vous !

Première rencontre du groupe de soutien URHN-SCHM

Notre Unité s’est associée à la Société canadienne d’histoire de la médecine pour offrir un espace de rencontres et de discussion autour de projets de rédaction en cours aux étudiant‧e‧s diplômé‧e‧s et chercheur‧e‧s dont les travaux traitent de l’histoire de la médecine et de la santé.

La première rencontre aura lieu le 23 mars prochain à 12h (EST) autour de deux présentations touchant à l’histoire de la psychiatrie vue par ses dossiers.

Pour obtenir le lien Zoom , écrire à nhru@uottawa.ca

Résumés des interventions :

Idiotie, débilité, imbécilité et arriération à Saint-Michel-Archange. La déficience intellectuelle à l’hôpital psychiatrique de Québec, depuis 1951

 Hubert Larose-Dutil

Étudiant à la maitrise en histoire à l’Université d’Ottawa, sous la direction de Marie-Claude Thifault, j’étudie la déficience intellectuelle à l’hôpital psychiatrique de Québec à partir des années 1950.

Pour ce faire, je m’appuie sur l’étude de dossiers médicaux de patients hospitalisés à l’hôpital psychiatrique Saint-Michel-Archange de Québec depuis 1951 et ayant reçu un diagnostic s’apparentant à ce que nous appelons aujourd’hui la déficience intellectuelle. Adoptant une perspective from below, j’ai choisi de centrer mon étude sur les parcours de 14 patients afin d’essayer de comprendre pourquoi l’hôpital psychiatrique et l’hospitalisation ont joué un rôle central dans les soins qu’ils ont reçus, et ce bien après la mise en place des mouvements de désinstitutionnalisation des années 1960 et 1970. Attentif à l’expérience des patients dont témoignent leur dossier, j’ai pu observer que l’hôpital fut, oui un lieu oppressant et disciplinaire, mais également un espace refuge, dont la facilité d’accès aux soins qui y existait, les liens qui y furent développés et le care du personnel soignant furent appréciés par les patients et les patientes. 

Les dossiers patients en psychiatrie. Au cœur de l’archive

Joris Guillemot

Inscrit en doctorat à l’université du Mans depuis 2018, j’étudie, sous la direction d’Hervé Guillemain, l’histoire de l’hôpital psychiatrique de Plouguernével (Bretagne) entre les années 1930 et les années 1950. L’établissement, créé en 1934, a été administré pendant près de soixante années par une entreprise privée à la tête de laquelle se trouvait un industriel nommé Justin Perchot.

Mon travail veut s’inscrire dans le cadre d’une histoire sociale de la psychiatrie, dont l’objectif est notamment de saisir la vie à l’asile à hauteur de patients. Dans cette perspective, les dossiers patients sont très utiles car ils fournissent des indications très concrètes sur le fonctionnement, à plusieurs niveaux, d’un établissement psychiatrique (pratiques médicales, âge des malades au moment de leur internement…). Je tente néanmoins d’aller plus loin que la simple récolte d’informations, en considérant ces dossiers pour ce qu’ils sont : des objets dans lesquels il est possible de lire les certitudes et les hésitations du discours que l’institution produit sur les malades et surtout sur elle-même. Ce renversement des perspectives est d’autant plus important pour l’asile de Plouguernével, que les médecins-chefs qui y officient sur la période qui m’intéresse doivent faire face à des malades qui, pour la plupart d’entre eux, ont déjà un vrai parcours en psychiatrie derrière eux quand ils arrivent en Bretagne.

Dans la lignée des travaux de l’anthropologue Ann Laura Stoler sur les archives coloniales, je porte ainsi mon attention sur des éléments qui peuvent sembler, a priori, anecdotiques : un mot, une expression, la formulation d’une phrase. À terme, l’objectif est de mettre à jour les logiques de fonctionnement de ces dossiers patients. Je tente actuellement d’appliquer cette démarche au cas de Maryvonne, dont l’internement à Plouguernével s’étend d’août 1934 à juin 1951. Son dossier, relativement bien fourni, comprend des documents assez « classiques » comme des certificats immédiats ou des comptes rendus d’entretiens avec le psychiatre. On y trouve également un mémoire dans lequel la malade relate son existence, dans l’objectif de se voir restituer son enfant placé à l’Assistance publique.